Le commissaire Boussard enquète


Un cadavre dans un sac boulevard de La Chapelle

Des employés municipaux découvraient ce matin vers 6h30, sur le trottoir, le colis macabre renfermant le cadavre d'un homme étranglé
Il s'agit d'un réfugié allemand qui devait s'embarquer ces jours-ci pour la Bolivie


On serait en présence d'un crime crapuleux, la victime devant avoir été en possession de quelques milliers de francs.

D'un coup de coude énergique, M. Moreau, balayeur municipal, fit sauter la glace de l'avertisseur de police ;
- Allo, Police-Secours ?... Un cadavre dans un sac ! Ici devant le 88, boulevard de La Chapelle !
Il était environ 6h30. Le jour s'était levé depuis peu, sous un ciel gris, et commençait de s'emplir petit à petit des mille bruits d'une ville qui s'éveille. Les rames du Métro aérien roulaient, à intervalle, avec fracas, au dessus du boulevard de La Chapelle, menant à leur travail, une multitude de plus en plus compacte d'hommes et de femmes tôt levés.

Dans la fraicheur de cette matinée de faux printemps, M. Moreau et son collègue, M.  Sanier, tous deux employés municipaux, poursuivaient la toilette quotidienne de la capitale et se trouvaient, à ce moment la, en face de la maternité de l'hôpital Lariboisière.

Un sac volumineux
Un volumineux sac de toile grise, ADOSsé à un mur entre une citerne et la baraque du receveur du marché, attira l'attention des deux hommes. Nullement surpris - cars sacs et poubelles empestent les rues à cette heure matinale - ils s'approchèrent du colis, tenu hermétiquement clos par de solides cordes. Celles-ci une fois déliées, deux pieds - ou plutôt la semelle de deux chaussures - apparurent aux regards de MM. Moreau et Sanier.
Aucun doute n'était désormais possible.
La police, peu après qu'elle en fut avertie, arriva sur les lieux. L'inévitable attroupement s'était déjà formé autour du mystérieux colis.
Ce furent d'abord les constatations de l'identité judiciaire, puis on s'affaira à retirer le cadavre de sa grossière enveloppe. Le corps, dont la tête se trouvait enfoncée la première dans le sac, était tout recroquevillé, plié en "chien de fusil".
Placé sur une civière, le cadavre fut aussitôt transporté au commisariat de la Goutte d'Or où le commissaire, M. Boussard, entreprit les premières recherches en vue de son identification.

L'identification du cadavre
On fouilla les poches du mort. Aucun objet dans aucune d'elles. Ni portefeuille, ni porte-monnaie, ni mouchoir, ni pièces d'identité. Le mystère serait-il entier ? Point, car on a examiné le sac et l'on eut tôt fait de découvrir, à l'intérieur, un papier qui s'avéra précieux pour les enquêteurs. C'était une feuille de service des étrangers de la préfecture de police adressée à M. Arthur Lévy, 8, rue Ferdinand Flocon, dans le dix-huitième arrondissement.
Le docteur Houlié, mandé d'urgence, constata que la victime portait de nombreuses traces de coups sur le visage. Il apparaissait qu'elle avait été étranglée par sa propre cravate. Le crime ne semble pas remonter plus loin que cette nuit.

L'homme était vêtu assez proprement d'un pantalon noir, d'un veston bleu marine et d'une chemise bleue. Il portait autour du cou un foulard blanc et était chaussé de souliers noirs.

La concierge de l'immeuble de la rue Ferdinand Flocon, convoquée aussitôt, vint au commissariat reconnaitre le corps demeuré recroquevillé sur la civière. La femme fut formelle. Dès qu'on eut découvert le visage du malheureux, elle reconnut son locataire.
- C'est bien lui, déclara-t-elle.
Il n'y a aucun doute. Il y a trois jours qu'il avait quitté la maison en me disant :
"S'il vient quelqu'un pour moi, dites que je suis parti, mais prenez bien les noms et les adresses de ceux qui veulent me voir." Et Arthur Lévy était parti les mains vides, sans bagages, vêtu seulement de son seul imperméable gris. On ne devait plus le revoir vivant.

Chez Mme Bernard
Mme Bernard est une voisine de Lévy. C'est une de ses compatriotes et, comme lui, réfugiée d'Allemagne. Elle occupe un logement au 6e étage du 8, de la rue Ferdinand-Flocon, en face de la petite chambre habitée par la victime.
- Il y a près de deux ans qu'il habitait ici, nous déclare-t-elle.
C'était un très gentil garçon, un peu timide. Il avait quitté l'Allemagne, il y a deux ans. Il n'avait pas ses parents. Peu de temps après son arrivée en France, ne pouvant gagner sa vie, il était parti à tel Aviv où un de ses frères s'était déjà réfugié. Mais, ne pouvant pas supporter le climat de la Palestine, il revint en France et chercha à exercer sa profession d'électricien.
" Voici deux ou trois mois, il fut arrêté par la police, sa carte d'étranger étant venue à expiration depuis longtemps.
" Quelques jours après, j'apprenais qu'il était en prison pour un mois, ayant été condanné pour infraction à la loi sur le séjour des étrangers. Mais, voici quinze jours, il revenait, après avoir purgé sa peine.
" Il était très malheureux, poursuit Mme Bernard, mardi dernier, voyant qu'il avait faim, je l'invitai à manger chez nous. Pendant le repas il fut très gai. Il me raconta que, d'ordinaire, il mangeait dans un restaurant où se rencontraient certains réfugiés et où ont leur servait des repas pour 1 fr. 50. "
Vers la fin du diner, Lévy mit Mme Bernard au courant de ses projets.
" J'ai une tante en Amérique, lui dit il, qui est assez riche. Elle m'a déjà envoyé de l'argent et je vais en recevoir encore. Dès que j'aurai ces dollars, je vais faire mes préparatifs pour m'en aller car je dois quitter la France le plus vite possible, sinon je retournerai en prison. J'ai l'intention de me rendre en Bolivie où je dois trouver du travail."
Lorsque le repas fut terminé, Arthur Lévy remercia chaudement Mme Bernard :
- Je n'ai jamais si bien mangé de ma vie, dit-il.
Puis, il prit congé et Mme Bernard ne devait plus le revoir. C'est nous qui, ce matin, en arrivant chez elle, lui apprîmes la mort de son ami.
Selon les renseignements recueillis jusqu'ici, Lévy ne reçevait jamais de visites chez lui. Il menait une vie régulière et on ne lui connaissait aucune relation féminine particulière.

L'enquête
M. Roches, commissaire chef de la brigade spéciale de la police judiciaire, arrivait vers 10 heures rue Ferdinand-Flocon, où une perquisition était immédiatement entreprise dans la chambre de la victime.
C'est une mansarde dont le loyer était fixé à 130 francs par mois, situé au sixième étage. Le lit en occupe la plus grande partie. Sur les murs, quelques photographies, et notamment celle de l'"Empire State Building" de New-York.
Déjà, Lévy avait déménagé la plupart des objets qui lui appartenaient, abandonnant seulement quelques journaux et brochures. L'Allemand avait promis à la concierge d'abandonner la chambre pour les premiers jours de ce mois, ne pouvant plus payer le loyer qu'elles comportait.

La valise bleue
Quelques minutes après qu'on eut découvert le cadavre, la concierge de l'immeuble situé au numéro 104 du boulevard de La Chapelle, non loin de l'endroit où fut déposé le sac macabre, vint au commissariat de la Goutte d'Or apporter une valise bleue qu'elle avait trouvé ce matin dans la cour de son immeuble.
M. Broussard fit aussitôt ouvrir la valise. On y trouva un chapeau ensanglanté qui fut par la suite reconnu comme étant celui de la victime ; deux édredons, deux enveloppes d'édredon et une taie d'oreiller marquée au initiales E. L.
Cette valise parait neuve. Personne au 8 de la rue Ferdinand Flocon, ne connaissait à Lévy cette valise. Mais on sait que depuis trois jours celui-ci avait quitté son domicile, et nous avons dit que Lévy avait mis Mme Bernard au courant de son prochain départ pour la Bolivie.
Il semble de ce fait vraisemblable, qui avait reçu récemment de sa tante  d'Amérique une assez forte somme en dollars,  avait acheté, au cours de ses préparatifs au départ, une valise dans laquelle, il enfouit ses édredons et ses oreillers qui allaient lui être indispensables pour la traversée de France en Bolivie.
Il est, par conséquent, permis de penser qu'il allait effectuer ce voyage parmi les réfugiés. On sait que, dans ce cas, ceux-ci sont priés d'emporter leur matériel de couchage.
Il parait donc certains que le ou les assassins, après avoir accompli leur forfait, se sont débarrassés de la valise génante en  la déposant non loin de l'endroit où ils avaient laissés le cadavre.
Quand au initiales E. L., on allait en avoir l'explication bientôt.
La concierge de la rue Ferdinand Flocon apporta en effet au commissaire une lettre bleue arrivée à Paris voici deux jours, donc après le départ de Lévy de son domicile. Cette lettre était expédié de Hambourg par Mme Emma Lévy, demeurant Pessenstasse. Les initiales sembles suffisamment indiquer que la valise trouvée boulevard de La Chapelle appartient bien, contrairement à ce qu'on avait cru au début, à la victime, Arthur Lévy, à qui sa tante aurait remis ses taies d'oreiller.
Vers la fin de la matinée, après que les policiers eurent procédé à des recherches au service des étrangers de la préfecture de police, on apprenait que Arthur Lévy était né en Allemagne, à Schubin, le 15 juin 1911.
Ce sont les inspecteurs Goret, Schmitt, Valentini, Romand et Leduc, de la brigade spéciale de la police judiciaire, sous la direction de M. Roches, qui mènent l'enquête.
On peut penser que la somme que portait sur lui Lévy était assez importante. On pense, sans que cela soit établi de façon formelle, que la tante d'Amérique avec qui il était en relations, et qui lui avait promis de le tirer de l'embarras, lui avait envoyé tout récemment  une assez grosse somme d'argent.
Cette somme se monterait même à près de 10.000 francs, si l'on veut considérer que le gouvernement de Bolivie exige que les étrangers qui veulent pénétrer sur son territoire et s'y établir soient en possession de 200 dollars au moins et que, d'autre part, à cette somme il convient d'ajouter le prix du passage.
Où Arthur Lévy a-t-il fait la rencontre de ses assassins ? A qui a-t-il laissé entendre qu'il était en possession d'une telle somme d'argent ?
Voilà les questions qui se posent tout d'abord.
Mais une question non moins intéressante et qui est susceptible d'orienter les recherches de la police, est celle de savoir où le jeune Allemand a passé ses deux dernières nuits.
Il parait certain que la valise bleue, retrouvée au 104 du boulevard de La Chapelle, était une acquisition toute récente, qu'il avait faiteen vue de son prochain voyage. Et le fait qu'on y a retrouvé son chapeau ensanglanté semble suffisament indiquer que Lévy a été assassiné assez longtemps avant que les assassins se débarrassent de son corps.
Avant le meurtre, Lévy était certainement porteur de la grande valise bleue. Ce détail permettra peut-être à des témoins de venir donner d'utiles indications à la police.

Henri PIGNOLET.

Article extrait du journal "Ce Soir" du Samedi 8 avril 1939


Quand ... :

08 AVRIL 1939 à partir de 06h30



Arthur Lévy

Samedi 8 avril 1939 - Un cadavre dans un sac boulevard de La Chapelle. Article extrait du journal "Ce Soir" du Samedi 8 avril 1939

Le commissaire Boussard enquète

Samedi 8 avril 1939 - Un cadavre dans un sac boulevard de La Chapelle. Article extrait du journal "Ce Soir" du Samedi 8 avril 1939

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