Séquence nostalgie


Le charmant petit cimetière de la rue Marcadet disparait victime de la promotion immobilière.

Paris qui s'en va
Le cimetière de la rue Marcadet, à Montmartre.
Il était devenu charmant ce petit cimetière de la rue Marcadet à Montmartre.
Il fait, pour quelque jours encore, une troué verdoyante entre les deux maisons numérotés 27 et 31. C'est à lui seul un paysage avec pleines poussées à l'aventure d'herbes drues, d'arbres touffus et de massifs de sureau opulents.
En passant, on l'aperçoit au delà d'une petite porte en fer, grillée à jour et surmontée d'une croix. Personne ne prend garde à lui et ne parait se souvenir qu'il fut un cimetière. Les habitant des rues voisines ignorent pour la plupart qu'il existe.
Cimetière ! Il l'est si peu en apparence. Depuis près de quarante ans, on l'avait abandonné. La poésie des choses agrestes, reprenant possession de la place, lui avait rendu des airs de nature libre et sauvage.
Quelques rares débris de pierre brisées, deux ou trois stèle émergeant à peine du gazon haut et serré et sur lesquelles des entailles usées et presque indéchiffrables, autrefois inscriptions funéraires, indiquaient seules, lorsqu'on y faisait attention, l'ancienne et déjà lointaine destination nécropolitaine du lieu.
Au milieu pourtant, une croix de pierre bien conservée, patinée par le temps, d'une ligne simple et très correcte. Ce symbole, resté debout, permettait d'assigner une date reculée à ce coin de terre funèbre. En écartant les herbes, on découvrait, sur le soubassement, des restes d'inscription témoignant que ce monument avait été érigé, le 5 mars 1763, par un marguillier, lequel était trépassé le 29 mai 1764, et qui, probablement, avait été inhumé sous cette construction.
Près d'un hêtre, une balustrade en fer, rouillée, formait un îlot submergé par l'herbe. Au centre, une pierre déchaussée qu'aucune affection posthume n'avait pris soin de redresser. Plus loin, celle-ci tout à fait enfouie sous le gazon, une plaque de grès couchée sur le sol conservait, assez visible encore, cette épigraphe brève et éloquente :
"Mathilde de Larose, 9 juillet 1831. - Edmond repose à côté de sa mère, 30 avril 1835"
Trois autres pierres, ADOSsées au mur du fond, portaient ce renseignement devenu mensonger : "Concession à perpétuité". L'une d'elles était consacrée à la femme d'un boucher de Vincennes, morte à vingt-huit ans. Sur ce monument, daté du 5 mai 1839, le mari de la défunte avait fait graver l'adresse de son domicile, rue Royale, 17, à Vincennes, signification atténuée d'une contuation de commerce.
Mais il fallait un certain temps pour découvrir peu à peu, une à une, ces attestations funéraires, enveloppées elles-mêmes sous la végétation abondante.
La première impression, en pénétrant dans cette verdure était un sentiment de gaité et de fraicheur. Les maisons élevées, brunies par le temps,de colorations variées de hauteurs diverses, une sorte de tourelle, de cage d'escalier probablement, formaient de trois côtés du cimetière un horizon très pittoresque qui complétait l'ensemble harmonieux du tableau. A la tombée du soir ce fond de paysage prenait des apparences de ruines féodales.
Il fallait donc un effort de la pensée pour se souvenir qu'on était la dans un endroit sépulcral. Alors, on remarquait qu'une sorte de mélancolie était empreinte sur cette végétation riante, comme si l'air avait gardé un peu des douleurs humaines qui autrefois étaient venues pleurer et sangloter ici.
Mais depuis longtemps les larmes étaient séchées. La terre avait absorbé toute la substance de ces morts; la pluie et le soleil avaient rongé leurs noms creusés dans les pierres tombales qui subsistaient encore, l'oubli les avait effacés eux-mêmes du souvenir des compagnons restés dans la vie. La nature, indifférente à nos émotions et à nos troubles, heureuse d'être abandonnée à elle-même, avait repris son cours et ses lois; elle avait refait charmant ce que l'homme, à ses heures de tristesse, avait fait lugubre.
Cela vous remettait en mémoire des vers de Hugo :
Que peu de temps suffit pour changer toutes choses!
Nature au front serein comme vous oubliez!
Et comme vous brisez, dans vos métamorphoses,
Les fils mystérieux où nos coeurs sont liés.
..............................
De tout ce qui fut nous, presque rien n'est vivant;
Et, comme un peu de cendre éteinte et refroidie,
L'amas des souvenirs se disperse à tout vent.
Quoi donc? C'est vraiment que nous nous aimâmes!
Rien de nous restera...............
L'impassible nature a déjà tout repris.

Mais cette réflexion sur la rapidité avec laquelle l'homme est entièrement effacé n'avait rien de poignant. Ces beaux arbres vivants, si largement feuillus, le gazon semé par places de plantes arborescentes, les taches d'ombre sous l'envergure des rameaux faisant contraste avec les parties en plein soleil, tout cela était si bon à regarder et vous pénétrait d'un' émotion si douce et si calmante, que l'idée de mourir en devenait acceptable, à condition d'être enterré dans ce cimetière paisible, touffu et parfumé comme un coin de forêt.
Cette paix et cet abandon délicieux, qui en 1870 dataient déjà de 25 ans, avaient été tout à coup troublé pendant l'investissement de Paris. Comme il avait fallu renoncer à porter les morts en dehors de l'enceinte, on s'était souvenu du petit cimetière de la rue Marcadet. On y avait creusé, au bruit du canon, des tombes provisoires qui reçurent des cadavres jusqu'au jours où l'armée de Versailles eut repris la ville... Cinq ans après, en 1876, on rouvrit les fosses, on emporta tous les ossements aux catacombes.
Et au Printemps suivant, le cimetière avait repris son aspect sauvage et son air de fraiche campagne en plein Paris. Des enfants tranquilles y venaient s'amuser le dimanche.
Maintenant c'est fini ou tout près de l'être. La bêche du terrassier et la truelle du maçon vont se mettre à l'oeuvre.
Personne n'a obtenu la grâce de ce condamné qui avait tant de circonstances atténuantes pour mériter de ne pas être exécute. Un quartier de ville va dresser ses lourdes pierres à la place de ces beaux arbres sur ce sol qui a contenu tant de chair humaine. L'activité de la vie parisienne s'étagera avant peu, du rez-de-chaussée à la mansarde, à l'endroit où s'étendait le clair et charmant paysage révoqué pour cause d'utilité publique.
Des écritures préfectorales ont prononcé la sentence définitive. Une prose administrative qualifié : "arrêté en date du 3 mars 1883", à condamné ces arbres, ces herbes qui vous montaient à la ceinture. Cette miniature de pleine campagne deux fois sacrée, et par son ancienne destination funéraire et par sa poésie agreste; et a décidé de tout cela livraison au plus offrant et dernier enchérisseur.
Un groupe d'archéologues et d'amis passionnés de Montmartre qui s'est formé sous le vocable du "Vieux Montmartre" aurait voulu voir conserver ce site pittoresque, qui est encore pour quelques jours une des curiosités du Paris qui s'en va. Tout ce que ces fervents de l'ancien Montmartre on pu obtenir, c'est que la croix centrale ne fut jetée au moellons, et qu'on rétablit quelque part ce petit édicule maintenant plus que centenaire.

Lamquet

Extrait du monde illustré du 6 novembre 1886


Où :
29   Rue   Marcadet - 75018 PARIS

Quand ... :

06 NOVEMBRE 1886 à partir de 00h00



Cimetière Marcadet

Illustration extraite du Monde illustré du 30 janvier 1897.

L'Assommoir illustré

LE CIMETIERE DE LA CHAPELLE "Un bout de jardin qui s'ouvrait sur la rue Marcadet"
Ce cimetière était situé entre la rue Pierre Budin (qui s'appelait à l'époque impasse du cimetière) et la rue Marcadet

Danse Orientale
Cours et animation de soirée

La Maison d´ALEP
Artisanat de Syrie...

Isabelle Cherchevsky
Atelier de couture
Salon de thé

Fanta TOURÉ BAH
Création sur mesures
prêt à porter

CRYSTAL OPTICAL
Pour une vision optimale

TAL OPTIC
Ouvert le dimanche
de 10h à 15h

Eric Gara
Coiffeur Visagiste
Coiffeur conseil KERASTASE

À La Goutte d´Or
Spécialités Françaises & Orientales...

Au Rendez-Vous des Chauffeurs
Rendez-Vous Parisien du début du siècle

NAVEL
Spécialités Indiennes

Sur Place ou à emporter...

La Nouvelle Histoire
L´Afrique dans votre assiette...

Portobello
Une cuisine italienne dans un pub anglais !

Don Doudine
Un marchand de vins, rue Myrha...

Casaf-Exo
Produits Exotiques...

Au Gamin de Paris
Un avant goût de Montmartre...